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Monthly Archives: mai 2018

NPNS condamne les propos de Sarah Braasch

Suite aux agissements et aux propos de Sarah Braasch et sa supposée appartenance à Ni Putes Ni Soumises, l’association souhaite clarifier sa position au moyen de la déclaration infra. 

Pour rappel, lundi 7 mai, cette personne, ouvertement raciste et islamophobe, aurait agi sur simple délit de faciès en refusant que l’une de ses camarades de l’université de Yale, au États Unis, soit présente dans les locaux, au motif de sa couleur de peau.

Stéphanie Rameau, présidente de NPNS, déclare :

«  L’association Ni Putes Ni Soumises condamne avec la plus grande fermeté les agissements et les propos tenus par Sarah Braasch lors de la soirée du lundi 7 mai 2018 au sein de l’université de Yale.
L’intéressée a effectivement fait partie de l’association NPNS durant quelques mois entre 2009 et 2010. Néanmoins, depuis son départ il y a huit ans, elle ne fait plus partie de nos membres et ne peut donc rien revendiquer au nom de NPNS. 
NPNS ne peut être associée de quelque manière que ce soit aux propos, agissements et idéologies défendus par Sarah Braasch. De par nos statuts, seule la présidente peut s’exprimer au nom de l’association.
NPNS est un mouvement laïc, apolitique qui milite contre tous les types de discriminations. Nous luttons contre toutes les formes de repli identitaire et de relativisme culturel qui ont pour conséquence une montée effrayante de l’obscurantisme. Nous n’avons de cesse de promouvoir le bien vivre ensemble, tout en apportant de façon concrète aide et soutien aux victimes de violences. Notre féminisme est un humanisme, notre féminisme est universaliste, notre féminisme est populaire.
NPNS ne peut tolérer d’être citée en connexion avec des propos qui viennent à l’encontre de ses valeurs ou de celles de la République. »

NPNS vs Orelsan, épilogue

Devant l’avalanche de réactions que la position de NPNS suite aux 3 victoires de la musique d’Orelsan a provoqué, il semble souhaitable de faire œuvre de pédagogie quant aux valeurs de notre association et de rappeler l’historique de la querelle.

En 2009, NPNS et quelques autres organisations avions estimé que les propos d’Orelsan dans deux de ses chansons – « Sale Pute » qui date de 2006 et « Saint-Valentin » qui date de 2009 étaient intolérables. A l’époque, nous avions compris l’intention de l’artiste, mais les mots faisaient mal, d’autant plus qu’ils étaient repris, sans deuxième degré cette fois ci par les jeunes que nous croisions lors de nos interventions scolaires. Nous avons donc décidé d’attaquer Orelsan en justice et nous avons perdu : c’est une question de goût et rien d’illégal.

NPNS n’apprécie toujours pas les menaces qu’Orlesan y profère : elles font écho au quotidien de nombreuses de nos victimes.

Et le temps a passé. L’artiste a gagné en notoriété. Il n’en a pas pour autant repris les deux titres controversés sur ses albums, il ne les produit pas sur scène, il n’a pas péroré suite à sa victoire en justice. Il n’a eu de cesse de réaffirmer qu’il était respectueux des femmes, et a même été honoré par deux victoires de la musique en mars 2012, qui n’ont fait hurler personne.

Depuis, rien à redire, si l’on comprend que son langage fleuri est celui de la rue. Il consacre même aux féministes un épisode de « Bloqué! » en 2014 – intelligent et drôle. Il a sorti un nouvel album l’année passée …. qui fait un tabac. Nous ne l’écoutons pas plus que le précédent parce que ce n’est pas notre style de musique, parce que nous reste en tête la triste mélodie de « sale pute » et qu’on a tellement d’autres choses à faire que d’avoir un avis sur un disque. Nous avons toujours les victimes à recevoir, aider, conseiller, nous allons dans les écoles de la République pour y exposer nos valeurs, et parler de tolérance, de respect de l’autre, d’ouverture d’esprit. Nous ouvrons des antennes un peu partout en France, le tout, toujours sans grand soutien des pouvoirs publics (hormis le CGET).

Un soir, à la télé, son nouvel album reçoit trois victoires de la musique et patatras, la controverse : faut-il retirer à Orelsan ces victoires ?

On ne sait pas d’où cette pétition vient, les principales organisations féministes ne s’expriment pas sur le sujet. Pressentant que cette affaire allait prendre de l’ampleur, et afin d’étayer nos arguments féministes et préparer nos punchlines, nous avons écouté le disque. Nous n’avons rien décelé de suspect : nous avons découvert un album où Orelsan parle d’amour, de respect et de tolérance, où il défend la fidélité, s’interroge sur la célébrité, confie sa nostalgie, son attachement à sa bonne ville de Caen et défend le vivre ensemble … le tout de façon agréable à écouter même pour les féministes que nous sommes. En fait, nombre des valeurs qu’il défend sont les nôtres. Alors en réponse à de nombreuses sollicitations, nous avons exprimé cette opinion sur les réseaux. Cette prise de position a eu incommensurablement plus d’écho que lorsque nous intervenons dans le débat public sur n’importe quel autre sujet, quelle ironie !

Certains disent ne pas reconnaître NPNS. Nous pourrions donc avoir des divergences avec d’autres camarades féministes sur de nombreux points, mais lorsqu’il s’agit d’une chansonnette il faudrait absolument rester solidaires ? Comment expliquer ensuite aux jeunes que nous rencontrons tous les jours qu’il faut respecter la justice lorsqu’on se permet de la remettre en question à la première contrariété ? Ils condamnent Orelsan par principe, sans même avoir pris la peine d’écouter son dernier disque. Ce que nous n’avions pas fait à l’époque : nous avions écouté avant de décider de passer par la justice. C’est justement ce dogmatisme, de condamner par principe, qui écarte bon nombre de femmes et d’hommes du féminisme.

NPNS c’est du respect et de la tolérance, pas de l’enragisme. Simple et basique.

Apprentissage du respect et de la tolérance en milieu scolaire

Depuis sa création, NPNS œuvre à la sensibilisation des jeunes générations à l’égalité, au respect et à la tolérance. Depuis #MeToo, la parole s’est libérée, et ces échanges sont désormais recherchés.

NPNS offre un cadre auprès les jeunes qu’elle rencontre pour : les faire dialoguer, s’écouter, comprendre le vécu de l’autre, celui des filles, des garçons, des jeunes qui feront le monde de demain.

 

Débattre, s’exprimer

C’est dans un lycée du 19e arrondissement de Paris que nous décidons de démarrer ce dialogue. Première heure, identifier nos préjugés. Les jeunes sont invités à définir un homme, une femme en nous donnant le premier mot qui leur vient à l’esprit. Leurs réponses : virilité, barbe, immature, fils de pute, mystère. Le ton est donné.

Pour les femmes, on retrouve : mère, maquillage, élégante, ménage. “Non, mais n’importe quoi!” lance quelqu’un. La majorité ne se reconnaît pas ces définition collectives pourtant données spontanément. Le débat est ouvert: ensemble, on parle, on interroge, on s’exprime sur nos vécus. “Moi ce qui m’énerve…”, “souvent on dit des trucs comme ça alors qu’en réalité c’est plus trop le cas…” Après une heure de parole libre, une phrase est lâchée : “Ouais mais là je suis pas trop d’accord avec toi, c’est pas du sexisme ça”.

intervention scolaire ni putes ni soumise

S’écouter, déconstruire

C’est le moment d’intervenir et d’attirer l’attention sur le nerf de la guerre : l’écoute. Entre filles et entre garçons, les jeunes se mettent d’accord sur quelques questions qu’ils aimeraient poser à l’autre sexe. C’est l’occasion de réfléchir sur le vécu de l’autre que nous n’avons pas, sur toutes ces réactions que l’on ne comprend pas chez l’autre. Face à face, les groupes s’interrogent tour à tour, se répondent. Ce n’est pas une confrontation mais un échange attentif.

“Comment vous vous sentez quand vous vous faites aborder dans la rue?”

“A partir de quel moment vous vous sentez agressées?”

“Est-ce que ça vous est arrivé de réprimer vos sentiments du fait d’être un garçon?”

“Quand est ce que vous savez si vous êtes amoureux?”

Des réponses sont apportées par deux ou trois personnes de chaque groupe. Interdiction de commenter, de réagir à ce qui est dit. C’est le plus dur : écouter la parole de l’autre sans juger, sans commenter, sans réagir tout de suite, simplement écouter ce que l’autre a à nous raconter. Dans ce silence attentif, la parole prend une importance particulière. Les jeunes racontent une agression, la peur dans la rue, la tristesse qu’on n’exprime pas pour ne pas passer pour un faible. Ils se risquent à dévoiler un peu de leur vécu.

Au bout d’une heure, l’exercice prend fin. Les participants sont un peu frustrés de ne pas avoir pu réagir, un peu étonnés de ce qui a pu être dit. Mais surtout tout le monde s’est écouté et chacun repart en ayant au moins compris une chose : se définir seulement en tant que fille ou garçon est réducteur. Au contraire, nous sommes des individus, tous différents : c’est ça la vraie richesse humaine, et c’est ça qui se respecte.